Dans le groupe des artistes russes qui, par sa diversité, ses audaces et son intensité expressive, a constitué l'élément le plus vivant de ce qu'on a appelé l'école de Paris, le peintre Maurice Blond occupe une place à part.
Maurice Blond, quoique russe, est né en Pologne en 1899. Il reçoit pendant quelque temps l'enseignement de l'école des Beaux-Arts de Varsovie. On ne peut dire qu'il en sorte enrichi, changé ou révélé à lui-même. C'est Paris, où il arrive en 1924, qui a été le lieu de sa révélation à lui-même, non le champ d'évocation de ses souvenirs d'enfance ou de paysages perdus, comme chez la plupart de ses compagnons.
En 1924 il arrive à Paris, s’installe à la cité Falguière et se lie d’amitié avec le groupe des Russes : Michel Larionov, Nathalie Gontcharova, Jean Pougny, Pinchus Krémègne et Kostia Terechkovitch, avec qui il partage une chambre à Montparnasse. En 1930, il devient animateur et conseiller artistique de la revue en langue russe Tchisla, avec laquelle il organise plusieurs expositions. Volontaire dans l’armée française en 1939, il est démobilisé au début de la guerre dans la région d’Avignon, il se réfugie et travaille pendant deux ans chez un paysan. À la Libération, Maurice Blond s’établit à Grenoble et peut se consacrer exclusivement à sa peinture. Il expose depuis 1923 à Paris avec succès, signant ses tableaux du nom français de Blond, adopté sous l’Occupation.
Dès ses premières œuvres, exposées à la galerie Zak, il affirme en un langage nuancé sa fidélité au merveilleux quotidien, qui ne le quittera plus jusqu'à son dernier tableau. Le support de ses compositions, natures mortes ou paysages urbains le plus souvent, est d'une banalité consentie comme est, en apparence, la vie réelle. Il se prive d'instinct, mais en toute conscience, des charmes vite fanés de l'hyperbole et de la fabulation. Le monde de Blond, pur de toute mise en scène tragique (Soutine) ou tragi-comique (Pougny), est dénué de tout apprêt. Ramené à l'extrême essentiel, il permet paradoxalement à la sensation d'atteindre sa vibration la plus intense et à la poésie picturale de se manifester d'une manière durable par-delà tous les modes d'expression à venir. Ses innombrables variations sur un fauteuil resteront des exemples saisissants de la métamorphose visionnaire du réel le plus humble.