STANLEY WILLIAM HAYTER

stanley william hayter expose à la galerie agnes thiebault
stanley william hayter

Biographie

Son père est peintre et l'un de ses ancêtres, au XVIIIe siècle, a écrit plusieurs traités sur le dessin. Stanley Hayter commence lui-même en 1913 à peindre des toiles de style impressionniste.

Ses études de chimie organique l'amènent de 1922 à 1925 à travailler dans le golfe Persique, à Abadan, pour l'Anglo-Iran Oil Company. Il visite alors la Perse et l'Arabie puis, sur le chemin du retour, l'Égypte. Durant ces années, il réalise de nombreux dessins et des peintures d'inspiration cubiste qu'il expose aussitôt rentré à Londres.

En avril 1926, Hayter s'établit à Paris, fréquente durant trois mois l'académie Julian et étudie la gravure auprès de l'artiste polonais Joseph Hecht. Attiré par la peinture de Giorgio De Chirico, Max Ernst, Hans Arp, il rencontre bientôt Alexander Calder puis André Masson et participe au mouvement surréaliste, se liant en 1933 avec Paul Éluard qui écrit quelques années plus tard un poème inspiré par ses gravures (Facile proie[1], Paris, éditions Guy Lévis-Mano, 1938).

Dès 1927, Stanley Hayter, que ses proches appelle « Bill », installe un atelier de gravure, qu'il déménage à Montparnasse en 1932 au 17, rue Campagne-Première, d'où le nom d'Atelier 17 qui deviendra célèbre dans le monde entier et que garderont ses ateliers ultérieurs. Au long des décennies le fréquenteront notamment Picasso, Salvador Dali, Marc Chagall, Joan Miró, Ernst Alberto Giacometti, Ferdinand Springer, Raoul Ubac, Maria Elena Vieira da Silva, et un très grand nombre d'autres peintres venus de tous les horizons, non pas seulement pour apprendre des recettes traditionnelles mais pour chercher auprès de « Bill » de nouvelles façons d'ouvrir la gravure, moyen d'expression autonome, aux nouveautés du langage de l'art moderne. Hayter, multipliant les recherches de matière, y met en particulier au point de nouveaux procédés d'impression de plusieurs couleurs en une seule opération.

Ses peintures suivent une évolution plastique parallèle à celle de ses gravures. S'il continue de peindre portraits, natures mortes et paysages jusqu'en 1929, Hayter s'éloigne ensuite de la figuration et réalise des constructions où ficelles ou cordes, suggérant parfois les contours de corps, sont collées en méandres sur la surface plane de la toile, et des dessins automatiques. Puis se renforcera dans ses œuvres la présence de silhouettes allusives, superposées et mêlées, de personnages ou d'animaux.

Durant cette période, Hayter effectue des voyages au Venezuela, en Italie, en Grèce, et plusieurs séjours en Espagne, le dernier en tant qu'invité du gouvernement de la République espagnole. Il participe ainsi en 1938 au recueil Solidarité, publié au profit des combattants républicains, qui réunit un poème d'Éluard et des gravures de sept artistes, dont Picasso, Miró, Masson et Tanguy.

En 1939, Stanley Hayter quitte Paris pour Londres, où il travaille au camouflage ; il part en 1940 aux États-Unis, où il demeurera dix ans. Sa réputation le conduit dès son arrivée à enseigner à l'école des beaux-arts de San Francisco. Dès la fin de l'année, il recrée à New York un nouvel Atelier 17, donnant à travers le pays des cours de peinture et de dessin, ainsi que des conférences.

En 1944, l'exposition itinérante sur l'Atelier 17 qu'organise le Musée d'art moderne de New York marque un tournant important qui assure à Hayter une renommée internationale. Dans son atelier, il reçoit non seulement Tanguy, Calder ou Masson, mais aussi les artistes américains, Jackson Pollock, Mark Rothko, Matta, Robert Motherwell, Willem de Kooning, Jean-Paul Riopelle. Durant cette période ses œuvres, à la limite de l'abstraction, développent les réseaux d'un graphisme marqué autour d'entrelacs de formes féminines épurées, réduites à l'arabesque.

Rentré en 1950 à Paris, Hayter, qui rend encore dans les années suivantes de brèves visites à son atelier américain, rouvre, non loin de son installation première, l'Atelier 17 où ses amis peintres recommencent de réaliser leurs gravures, côtoyant de plus jeunes artistes, tels Jean Corneille ou Pierre Alechinsky. Dès 1950, il travaille durant l'été à Alba-la-Romaine, en Ardèche où se retrouvent de nombreux artistes européens et sud-américains, notamment Jean Le Moal ou le chilien Eudaldo. Les toiles que peint Hayter, malgré leurs titres dont plusieurs évoquent l'Escoutay, la rivière qui traverse le village, s'affranchissent de toute allusion directe à la réalité visible.

« Les séjours à Alba ont exercé quelque influence sur Hayter, et d'abord physique : l'air et les divers parfums des arbres et des fleurs le ravivent après la vie citadine au long de laquelle il a respiré, avec ardeur d'ailleurs, l'odeur des acides et des encres (…). L'Escoutay exerce sur lui un irrésistible attrait : les sauts de l'eau, la profondeur mystérieuse des trous, les tourbillons sur les cuves claires et sombres », observe Georges Limbour[2]. Mais c'est seulement à l'aide de ses couleurs, montées en intensité, des rythmes gestuels de ses tracés obliques ou enchevêtrés, que sa peinture, désormais non figurative, recrée le sentiment de la réalité élémentaire, terre et eau, minéral et végétal, sous la lumière variable des saisons.

stanley william hayter expose à la galerie agnes thiebault
stanley william hayter expose à la galerie agnes thiebault
Signature de Stanley Hayter.

En 1958, Hayter représente le Royaume-Uni à la Biennale de Venise. Il reçoit en 1960 le Grand Prix international de gravure de Tokyo, en 1972 le Grand Prix de la Ville de Paris. Ses œuvres ne cesseront d'évoluer vers toujours plus de spontanéité dans la projection dynamique de la couleur, distribuée par la suite selon d'amples réseaux de courbes se déployant parallèlement comme ondes, se croisant ou se superposant.

Dans les années 1980, leurs compositions éclatées en plus larges surfaces, fortement contrastées dans les rouges, les verts et les jaunes, sont de nouveau fréquemment traversées par le souple graphisme, sombre ou lumineux, qui, sous des formes distinctes au long de son itinéraire, demeure caractéristique de l'art d'Hayter.

L'année de sa mort, en 1988, le British Museum acquiert la totalité de son abondant œuvre gravé. L'Oxford Dictionary of Art juge en 1997 qu'aucun artiste britannique n'aura eu une telle influence internationale.

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