Henrik BELEWI

Dans les années 1904-1909, Henryk Berlewi étudie à l'École des Beaux-Arts de Varsovie. Ensuite, il passe l'année uni­ver­si­taire 1909/1910 à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers, où il pour­suit ses études ; enfin, il se rend à Paris, en 1911-1912, pour com­plé­ter sa for­ma­tion à l'École des Beaux-Arts et à l'École des Arts Décoratifs. De retour en Pologne en 1913, il suit des études à l'École de Dessin de Varsovie avec le pro­fes­seur Jan Kuzik. Dans les années 1918-1919, Berlewi entre en rela­tion avec Aleksander Wat et Anatol Stern. Pendant cette période, l'artiste reste en contact avec le milieu juif : il entre­prend de créer une ico­no­gra­phie moderne de cette nation ; de plus, les motifs de la culture juive pré­do­mi­nent dans sa pein­ture et ses oeuvres gra­phi­ques de cette époque. L'année 1921 cons­ti­tue un tour­nant dans l'iti­né­raire artis­ti­que de Berlewi : ses recher­ches artis­ti­ques le condui­sent à se ranger du côté de l'art pur, libre de toute idéo­lo­gie. Ce chan­ge­ment d'atti­tude est dû à la ren­contre d'El Lissitzky, qui oriente Berlewi vers le cons­truc­ti­visme et le supré­ma­tisme.

Dans les années 1922-1923, Berlewi séjourne à Berlin, où il rejoint le cercle des artis­tes de l'avant-garde inter­na­tio­nale. Il y fait la connais­sance de Theo van Doesburg, Viking Eggeling, Laszlo Moholy-Nagy, Hans Richter, Mies van der Rohe, et d'autres artis­tes de l'avant-garde. Il prend part au Congrès des Artistes Progressistes à Düsseldorf, où il noue des rela­tions avec Stanislaw Kubicki et Jankiel Adler. De cette période pro­vien­nent des lino­gra­vu­res bico­lo­res, se carac­té­ri­sant par une géo­mé­tri­sa­tion et une frag­men­ta­tion des formes, selon des pro­cé­dés d'ori­gine cubiste. Composées de sur­fa­ces mono­chro­mes noires et brunes contras­tées avec un fond blanc, les oeuvres repré­sen­tent des sil­houet­tes humai­nes et s'appa­ren­tent, au niveau de la sty­lis­ti­que, à l'art de Fernand Léger (AKT KOBIECY / Nu Féminin, 1922 ; AUTOPORTRET / Autoportrait, 1922) L'esthé­ti­que du cons­truc­ti­visme russe et du néo­plas­ti­cisme hol­lan­dais, ainsi que l'oeuvre du dadaïste Kurt Schwitters, auteur des col­la­ges com­po­sés de maté­riaux non tra­di­tion­nels (jour­naux, verre, sable, bois), ins­pi­rent Berlewi, qui for­mule en 1923 la théo­rie nova­trice de la méca­no­fac­ture, fondée sur le rejet du relief dans la pein­ture, au profit d'une mise en valeur du carac­tère bidi­men­sion­nel de la toile (NEOFAKTUR, 1923). La diver­sité de la fac­ture est rem­pla­cée par des équivalents visuels : arran­ge­ment ryth­mi­que de lignes et de sur­fa­ces, com­po­si­tion sché­ma­ti­sée de formes géo­mé­tri­ques sim­ples. L'artiste réduit rigou­reu­se­ment la gamme des cou­leurs, en se limi­tant au rouge, blanc et noir (MECHANOFAKTURA - BLANC-ROUGE-NOIRE, 1924), pour créer ainsi une fac­ture nou­velle et auto­nome, indé­pen­dante de la qua­lité des maté­riaux, et s'har­mo­ni­sant par­fai­te­ment avec l'essence même de la pein­ture. Grâce à l'uti­li­sa­tion du pochoir per­foré, l'artiste confère à ses oeuvres un effet flou. Par le recours à la méca­ni­sa­tion des moyens d'expres­sion, ainsi qu'à un nou­veau lan­gage artis­ti­que fondé sur des formes abs­trai­tes, Berlewi tente de donner une repré­sen­ta­tion visuelle du monde contem­po­rain, de ses méta­mor­pho­ses conti­nuel­les et du rythme accé­léré de la vie. L'artiste entend rap­pro­cher ainsi son art de la vie sociale, selon les pos­tu­lats cons­truc­ti­vis­tes. En 1924, Berlewi publie sa théo­rie de l'art dans une bro­chure inti­tu­lée "Mécano-Facture", puis dans les colon­nes de la revue "Der Sturm". L'expo­si­tion de ses oeuvres dans la gale­rie Der Sturm lui per­met­tra de pro­lon­ger ses thèses par leur illus­tra­tion. À Varsovie, Berlewi fonde le Bureau Reklama-Mechano, censé divul­guer les prin­ci­pes de la typo­gra­phie fonc­tion­nelle (projet de publi­cité pour le cho­co­lat Plutos, 1925). Avec l'archi­tecte Szymon Syrkus, il fait des pro­jets de kios­ques publi­ci­tai­res ; il s'occupe également de scé­no­gra­phie.

Représentant du cou­rant radi­cal de l?avant-garde polo­naise des années 20, Henryk Berlewi fait partie du GROUPE DES CUBISTES, CONSTRUCTIVISTES ET SUPRÉMATISTES (1924-1926) ; il est aussi membre du Salon des Modernistes. En 1928, Berlewi s'ins­talle à Paris ; son démé­na­ge­ment coïn­cide, pour lui, avec l'aban­don de l'esthé­ti­que avant-gar­diste, et le retour à la pein­ture figu­ra­tive (por­traits). Il peint notam­ment des nus réa­lis­tes, en sou­li­gnant à l'aide d'un contour marqué les valeurs nuan­cées de la car­na­tion de ses modè­les, qu'il pré­sente sur un fond com­posé de taches de cou­leurs pures, appli­quées par des mou­ve­ments désin­vol­tes du pin­ceau. Les poses sta­ti­ques des modè­les évoquent la tra­di­tion clas­si­que du nu. Singulièrement, Berlewi va repren­dre se place parmi les créa­teurs avant-gar­dis­tes, en 1954, par un retour aux prin­ci­pes de sa méca­no­fac­ture. L'artiste est alors reconnu comme un pré­cur­seur de l'op-art. Son oeuvre tar­dive consiste en des com­po­si­tions de lignes ver­ti­ca­les et hori­zon­ta­les, de cer­cles et de frag­ments de cer­cles, de rec­tan­gles et de carrés, dis­po­sés avec un par­fait équilibre (IMPROWIZACJA - LINIOWY RASTER / IMPROVISATION - RASTER LINÉAIRE, 1962). Berlewi était également cri­ti­que d'art.

Irena Kossowska Instytut Sztuki Polskiej Akademii Nauk

 

Henryk BERLEWI (1894-1967)


Portraits et masques
Gouache, titrée.
Maquette de la couverture du livre Portrait et Masques, De Sikkel, Anvers, 1937
32 x 25,5 cm

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